On associe souvent la socialisation aux premières années d’école, comme si tout commençait en maternelle. Pourtant, l’essentiel se joue bien plus tôt. Entre 0 et 3 ans, l’enfant pose les bases de sa relation à l’autre, dans un monde émotionnel intense qu’il ne sait pas encore nommer ni réguler.
Tout commence avant 3 ans
Dès les premières années de vie, l’enfant entre en relation : d’abord avec ses parents, puis avec d’autres adultes et d’autres enfants. Il observe, ressent, réagit. Mais son langage émotionnel est encore brut. Faute de mots, il communique spontanément, sans filtre cognitif et social, parfois de manière déroutante pour l’adulte.
À cet âge, l’enjeu fondamental est la sécurité émotionnelle. Se sentir compris, accueilli et contenu permet à l’enfant d’entrer sereinement en relation et de trouver peu à peu sa place dans un groupe. En retour, ces premières expériences sociales l’aident à mieux identifier et exprimer ce qu’il ressent. C’est un véritable cercle vertueux !
Un cerveau encore dominé par les émotions
Le jeune enfant expérimente très tôt les grandes émotions dites « primaires » :
😀 La joie, qui favorise le lien social et la motivation, qu’il ressent lorsqu’ un désir est satisfait ou sur le point de le réaliser.
😢 La tristesse, l’une des émotions les plus désagréables, qui appelle le réconfort.
😡 La colère, une réaction face à un sentiment d’injustice, une agression, un obstacle.
😨 La peur, émotion de protection face au danger, à une menace, à un un environnement hostile.
😖 Le dégoût, un sentiment négatif et déplaisant, de rejet face à quelque chose ou quelqu’un envers qui il ressent une aversion.
😲 La surprise, face à une situation inattendue (qu’elle soit positive ou négative).
🤗 L’intérêt, qui réveille la curiosité, qui motive et stimule l’exploration.
Pour nous, adultes, elles sont familières et généralement maîtrisables. Pour lui, elles peuvent être envahissantes. Elles peuvent même le submerger.
Son cerveau est en effet encore immature, largement dominé par les émotions, tandis que les capacités de contrôle et de régulation se construisent progressivement. C’est pourquoi la présence de l’adulte est essentielle : non pour faire disparaître les émotions, mais pour aider l’enfant à les traverser et à leur donner du sens.
Un enfant accompagné dans la reconnaissance de ses émotions développe des compétences clés : régulation émotionnelle, empathie, respect de l’autre, curiosité et ouverture au monde.
Les conflits : une étape normale et nécessaire
Pousser, taper, crier… Ces comportements sont fréquents chez les tout-petits et souvent source d’inquiétude. Pourtant, ils ne traduisent ni une intention de nuire, ni une volonté de transgresser les règles, ni un tempérament violent.
Avant 3 ans :
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le cerveau émotionnel est très actif,
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le contrôle des impulsions est immature,
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l’autre est encore perçu davantage comme un obstacle que comme un partenaire.
Les conflits sont donc normaux, fréquents et même nécessaires à l’apprentissage social. Le rôle de l’adulte n’est pas de les éviter à tout prix, mais de les accompagner : mettre des mots sur les émotions, poser un cadre sécurisant et proposer des alternatives. C’est ainsi que l’enfant apprend peu à peu à interagir sans faire mal.
Non, le jeune enfant ne manipule pas
« Il fait exprès pour obtenir ce qu’il veut », « Elle me teste »…
On l’entend souvent, on l’a peut-être dit nous-mêmes et pourtant, dans les 1000 premiers jours, c’est tout simplement impossible.
L’enfant ne dispose ni des capacités de planification, ni de l’intentionnalité nécessaire pour « tester » ou « calculer ».
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Il pleure parce qu’il ne sait pas attendre.
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Il crie parce qu’il ne sait pas dire.
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Il s’oppose parce qu’il n’a pas encore les outils pour coopérer.
Derrière chaque comportement se cache une émotion débordante, un besoin non satisfait ou une incapacité temporaire à faire autrement. Accompagner l’enfant dans ces moments n’est pas céder : c’est poser les bases d’une relation de confiance, en attendant que son cerveau mûrisse.
Les morsures : changer de regard pour mieux accompagner
Parmi les comportements les plus redoutés par les parents, la morsure occupe une place particulière. Pourtant, elle est fréquente entre 1 et 3 ans et fait partie du développement normal.
La morsure peut avoir de multiples causes :
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exploration sensorielle : la bouche est un outil de découverte, comme une « troisième main »
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surcharge émotionnelle, excitation ou frustration intense
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fatigue
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besoin de contact, recherche d’attention et d’interaction
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communication du fait de son incapacité à s’exprimer verbalement
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imitation ou réaction défensive.
Elle n’est ni un acte de méchanceté ni un signe annonciateur de violence future.
Là encore, la clé réside dans la compréhension : analyser le contexte, anticiper les situations à risque, accompagner à la fois l’enfant qui mord et celui qui est mordu, et rester calme et cohérent. Ce n’est pas la sanction qui fait grandir l’enfant, mais un accompagnement émotionnel ajusté.
La crèche : un levier majeur du développement émotionnel
La crèche est bien plus qu’un mode de garde. Elle constitue un espace structurant pour le développement émotionnel et social, à un moment clé de la vie : celui des 1000 premiers jours.
En collectivité, l’enfant vit ses premières relations entre pairs, traverse des émotions intenses, apprend progressivement à attendre, partager et coopérer. Mais cela n’a de sens que si le cadre est sécurisant, stable, et porté par des professionnels formés à l’observation émotionnelle.
Une pédagogie comme celle de CAP ENFANTS, qui aide l’enfant à identifier, nommer et exprimer ses émotions, permet de prévenir les difficultés ultérieures, de réduire les inégalités et de favoriser des relations plus apaisées.
Investir dans la petite enfance, un choix société
Accompagner le développement émotionnel des jeunes enfants, ce n’est pas seulement favoriser leur bien-être individuel. C’est investir dans l’avenir collectif : pour des parcours scolaires plus sereins, des relations interpersonnelles plus respectueuses et une véritable prévention des violences.
Reconnaître pleinement le rôle fondamental de la petite enfance, c’est poser les bases d’une société plus équilibrée, dès les premières années de vie.