//Tribune d’invité « La propreté » – Jean Epstein

Tribune d’invité « La propreté » – Jean Epstein

S’il est un domaine où le décalage est considérable entre ce que nous disent les chercheurs, en toute connaissance de cause, et ce que prône implicitement, voire explicitement en direction des parents notre société, dès la petite enfance, sur la précocité, la performance, la compétition, c’est bien celui de la propreté.

En effet, tout montre que, pour qu’un enfant « soit propre » (comme on dit), il faut qu’il ait acquis des données sensorielles (radars dans la paroi de la vessie sensibles à la distension), intellectuelles (« quand ma vessie se distend, je dois dire « pipi » » !), motrices (contrôle du sphincter vésical), affectives et bien d’autres encore, le tout étant relié neurologiquement, pour être fonctionnel, pour un réseau de synapses qui, par définition, vont mettre plus ou moins de temps, d’un enfant à l’autre pour se constituer.

C’est précisément ce qui permet d’affirmer que la vessie est le seul organe qui ait le courage de ses opinions et, pour ce qui est des travaux scientifiques à son propos, notamment dans le champ de la chronologie, d’entendre unanimement les chercheurs affirmer aujourd’hui haut et fort que la propreté s’acquiert entre 2 et 6 ans, que l’on ne doit pas parler d’énurésie avant 6 ans (sauf cas très particuliers) et qu’il est non seulement illusoire de penser pouvoir mettre un enfant en avance sur son propre développement mais qu’ils est très facile de le mettre « en retard » si l’on accompagne cet apprentissage d’angoisse quasi-quotidienne et que la propreté devient le sujet central de toute la famille.

Ceci étant souvent alimenté par des rumeurs absurdes laissant penser que … s’il est propre à 2 ans, il pourra entrer tôt à l’école maternelle et ainsi savoir lire avant le CP, ce qui augmentera ses chances d’avoir une « bonne sixième d’allemand » et donc d’obtenir un Bac S… lui permettant ensuite de faire des études à « Sciences Po » (d’où l’homonymie, sans doute, avec les fameuses « séances pot » que l’on retrouve parfois au sein des crèches ?).

Objectivement, à ce jour, aucun travaux de recherche n’ont réussi à faire le lien entre l’âge du contrôle vésical et le futur niveau intellectuel des enfants… mais, quand même, bon courage aux parents qui ont des enfants pas « dans le moule » pour ce qui est de ce domaine.

2018-04-18T14:33:11+00:00 4 avril 2017|Parentalité|